Tourisme et hospitalité

Et si l’avenir du tourisme ne consistait plus seulement à accueillir davantage de voyageurs, mais à leur donner de meilleures raisons de venir, de rester et de revenir ?

Hôteliers, restaurateurs, cuisiniers, guides, gestionnaires de gîtes et animateurs touristiques partagent une compétence fondamentale : transformer un lieu, un savoir-faire ou une activité en expérience vécue.

Le tourisme français bénéficie d’une attractivité exceptionnelle. Mais derrière les records nationaux se cachent des réalités très différentes : établissements saisonniers, destinations saturées à certaines périodes, patrimoines sous-exploités, difficultés de recrutement et investissements parfois lourds.

Dans ce contexte, la croissance de demain pourrait moins dépendre du nombre de lits disponibles que de la capacité des professionnels à concevoir des séjours différenciants, accessibles et adaptés aux transformations de leur territoire.

Pour BASCULE., une question mérite d’être explorée : les professionnels de l’hospitalité pourraient-ils devenir des créateurs d’expériences territoriales, au-delà de leur métier d’origine ?

01 — Cinq transformations qui redessinent le tourisme

La fréquentation progresse, mais la valeur reste inégalement répartie

En 2025, la France a accueilli 102 millions de touristes internationaux, selon Atout France. Les recettes touristiques internationales ont atteint 77,5 milliards d’euros, en hausse de 9 % par rapport à 2024.

La consommation touristique intérieure s’est élevée à 222 milliards d’euros. Ces résultats confirment l’importance économique du secteur, sans garantir la rentabilité de chaque établissement.

La fréquentation reste fortement saisonnière : le troisième trimestre concentrait à lui seul 43 % des nuitées marchandes en 2025.

Pour les professionnels, l’enjeu pourrait donc être double : mieux valoriser chaque séjour et développer des activités capables de fonctionner au-delà des périodes de forte fréquentation.

Source : Atout France — Bilan touristique 2025, publié en février 2026.

Le changement climatique modifie l’attractivité des destinations

Chaleur, sécheresse, disponibilité de l’eau, risques d’incendie, évolution de l’enneigement et événements météorologiques extrêmes peuvent modifier les conditions d’exploitation des activités touristiques.

Les conséquences varient selon les territoires. Un hébergement littoral, une activité de randonnée, une station de montagne ou un établissement situé près d’une rivière ne sont pas exposés aux mêmes risques.

L’ADEME a publié un guide destiné aux opérateurs et territoires touristiques pour identifier les vulnérabilités climatiques et construire des stratégies d’adaptation.

Cette transformation pourrait encourager de nouvelles offres : séjours hors saison, activités adaptées aux périodes chaudes, diversification des loisirs ou valorisation d’espaces moins exposés.

Source : ADEME — Opérateurs et territoires touristiques : s’adapter pour faire face au changement climatique, 2024.

◉ À SURVEILLER — L’adaptation climatique des destinations

Ce qui peut évoluer : les stratégies locales d’adaptation, les conditions d’accès à certains sites naturels et les investissements nécessaires à l’exploitation touristique.

Pourquoi c’est important : une destination attractive aujourd’hui peut nécessiter une évolution de ses activités, de ses équipements ou de son calendrier d’ouverture.

Où suivre : les travaux de l’ADEME et les stratégies des collectivités touristiques.

La qualité de l’expérience devient un axe de différenciation

Depuis mai 2024, le label d’État Destination d’excellence remplace progressivement la marque Qualité Tourisme. Il renforce les exigences relatives à la qualité de l’accueil et à l’écoresponsabilité des prestations.

Il concerne plusieurs catégories d’activités : hébergements, restauration, lieux de visite, loisirs, information touristique et transports.

Ce dispositif ne démontre pas, à lui seul, une hausse de la demande pour toutes les expériences touristiques. Il constitue néanmoins un signal institutionnel : la qualité de service et les engagements environnementaux deviennent des dimensions structurées de l’offre touristique.

Pour les petites entreprises, l’opportunité pourrait résider dans une spécialisation claire plutôt que dans une multiplication de prestations sans cohérence.

Source : Atout France — Destination d’excellence.

L’accessibilité élargit la réflexion sur les publics accueillis

Le label d’État Tourisme & Handicap, géré par Atout France depuis mai 2024, vise à améliorer l’accessibilité des prestations touristiques pour les personnes en situation de handicap.

Au-delà des obligations légales, cette démarche invite les exploitants à examiner l’ensemble du parcours client : information préalable, réservation, déplacement, accès aux équipements, compréhension des activités et qualité de l’accueil.

Elle pourrait favoriser des offres mieux adaptées à des publics variés, notamment les voyageurs rencontrant des difficultés de mobilité ou nécessitant des conditions d’accueil particulières.

Source : Atout France — Tourisme & Handicap.

◉ À SURVEILLER — Les référentiels de qualité et d’accessibilité

Ce qui peut évoluer : les critères, procédures et conditions de labellisation des établissements touristiques.

Pourquoi c’est important : ces référentiels peuvent orienter les investissements et aider à structurer une offre adaptée à des clientèles spécifiques.

Où suivre : Atout France — Labels d’État du tourisme.

La réglementation des hébergements touristiques évolue

La loi du 19 novembre 2024 a renforcé les outils de régulation des meublés de tourisme, notamment en matière de déclaration, de fiscalité, de performance énergétique et de pouvoirs accordés aux collectivités.

Le calendrier et les modalités pratiques de certaines obligations nécessitent une vérification régulière auprès des sources officielles, en particulier pour l’enregistrement national des meublés.

Pour un investisseur ou un exploitant, ces évolutions peuvent modifier les conditions de création, de reprise ou de diversification d’une activité.

Les chambres d’hôtes, hôtels, gîtes et meublés de tourisme relèvent par ailleurs de cadres juridiques distincts qu’il convient de ne pas confondre.

Source : Service-Public.fr — Nouvelles règles applicables aux locations touristiques.

◉ À SURVEILLER — La réglementation des meublés de tourisme

Ce qui évolue : les formalités d’enregistrement, les règles locales de location et les conditions fiscales ou énergétiques applicables.

Pourquoi c’est important : une modification réglementaire peut changer la rentabilité d’un projet d’hébergement ou les possibilités d’exploitation d’un bâtiment.

Où suivre : Service-Public.fr — Meublés de tourisme, ainsi que les délibérations de la commune concernée.

02 — Six métiers et leurs compétences transférables

L’hôtelier : de la chambre à l’expérience de séjour

L’hôtelier maîtrise l’accueil, la réservation, la gestion des équipes, l’entretien des locaux et la relation client.

Ces compétences pourraient être valorisées dans des établissements proposant des séjours construits autour d’une thématique : patrimoine, gastronomie, nature, activités créatives ou découverte professionnelle.

Piste d’évolution : développer des offres de séjour combinant hébergement, activités et services complémentaires, directement ou avec des partenaires.

Le restaurateur : du repas à la découverte du territoire

Le restaurateur possède des compétences de production, d’accueil, de gestion des flux et de mise en valeur des produits.

Son établissement peut devenir un point de rencontre entre visiteurs, producteurs et artisans locaux.

Piste d’évolution : proposer des événements culinaires, des rencontres avec des producteurs ou des expériences gastronomiques réservables.

Le cuisinier : de la préparation à la transmission

Le cuisinier maîtrise les techniques de transformation, les recettes, les produits et les règles d’hygiène alimentaire.

Son savoir-faire peut être valorisé au-delà du service de restauration traditionnel.

Piste d’évolution : développer des ateliers culinaires, des expériences gastronomiques en petit groupe ou des prestations auprès d’hébergements touristiques.

Le guide : de la visite à l’interprétation d’un territoire

Le guide sait construire un récit, transmettre des connaissances et accompagner un groupe.

Ces compétences pourraient servir à concevoir des expériences thématiques : histoire industrielle, patrimoine artisanal, paysages agricoles, architecture ou savoir-faire locaux.

Piste d’évolution : créer des parcours spécialisés, des visites privées ou des activités associant plusieurs acteurs du territoire.

Les visites commentées dans certains musées et monuments historiques peuvent relever de la réglementation des guides-conférenciers.

Le gestionnaire de gîte : de la location à l’hospitalité personnalisée

Le gestionnaire de gîte organise l’accueil, la préparation du logement, l’entretien et les échanges avec les voyageurs.

Il dispose souvent d’une connaissance précise de son environnement et des activités disponibles à proximité.

Piste d’évolution : concevoir des séjours thématiques, organiser des prestations complémentaires ou développer une offre d’accueil adaptée à une clientèle ciblée.

L’animateur touristique : de l’activité ponctuelle au programme de séjour

L’animateur sait organiser des activités, mobiliser un groupe et adapter une expérience à différents publics.

Ses compétences peuvent être transférées vers la conception de programmes complets, en partenariat avec des hébergeurs ou des collectivités.

Piste d’évolution : devenir concepteur et opérateur d’activités touristiques pour plusieurs établissements.

03 — Cinq opportunités entrepreneuriales à explorer

Scénario A — L’auberge expérientielle de territoire

Un ancien hôtel, une auberge ou une bâtisse de caractère est exploité comme un lieu de séjour associant hébergement, restauration et programmation d’activités locales.

Le lieu devient un point de départ pour découvrir les savoir-faire, les paysages et les producteurs du territoire.

Clients : couples, familles, groupes, voyageurs en quête de séjours thématiques.

Modèle économique à tester : nuitées, restauration, activités et séjours packagés.

Principal risque : investissement immobilier, saisonnalité, masse salariale et complexité d’exploitation.

Scénario B — Le créateur d’expériences pour hébergements indépendants

Un professionnel conçoit des activités pour plusieurs hôtels, gîtes ou campings : ateliers, rencontres, visites ou parcours thématiques.

Les hébergeurs enrichissent leur offre sans devoir développer toutes les compétences en interne.

Clients : hébergements indépendants, offices de tourisme, établissements de loisirs.

Modèle économique à tester : prestations B2B, commissions ou vente directe d’activités.

Principal risque : difficulté à maintenir des volumes suffisants et dépendance aux partenaires.

Scénario C — Le séjour hors saison spécialisé

Un hébergeur développe une programmation destinée à attirer des visiteurs en dehors des vacances traditionnelles : séjours créatifs, découverte du patrimoine, gastronomie, randonnée ou ateliers artisanaux.

Clients : adultes disponibles hors vacances scolaires, groupes constitués, entreprises selon l’offre.

Modèle économique à tester : forfaits de séjour, hébergement et activités complémentaires.

Principal risque : une programmation attractive ne garantit pas une demande suffisante hors saison.

Scénario D — L’exploitant de patrimoine touristique réhabilité

Un entrepreneur reprend un bâtiment présentant un intérêt patrimonial et lui donne une nouvelle fonction touristique : hébergement, lieu d’exposition, espace événementiel ou accueil de petites résidences créatives.

Le patrimoine devient une composante de l’expérience, plutôt qu’un simple décor.

Clients : touristes, entreprises, organisateurs d’événements, publics culturels.

Modèle économique à tester : combinaison de nuitées, location d’espaces, restauration et événements.

Principal risque : coûts de rénovation, contraintes d’urbanisme, sécurité, accessibilité et charges fixes.

Scénario E — Le service d’hospitalité externalisé

Une entreprise prend en charge certaines fonctions pour plusieurs petits hébergements : accueil, préparation des logements, assistance aux voyageurs, coordination des prestataires ou organisation d’activités.

Elle permet à des exploitants de petite taille de mutualiser des compétences et de professionnaliser leur accueil.

Clients : propriétaires de gîtes, petits hôtels, résidences touristiques, exploitants indépendants.

Modèle économique à tester : forfait mensuel, facturation par séjour ou prestations à la carte.

Principal risque : dispersion géographique, coûts de déplacement et responsabilité contractuelle.

La commercialisation de forfaits touristiques et de certaines prestations de voyage peut nécessiter une immatriculation auprès d’Atout France, ainsi que des garanties spécifiques. Le montage juridique de chaque offre doit donc être vérifié.

04 — Le défi économique : créer davantage de valeur sans multiplier les charges

Dans le tourisme, une offre originale n’est pas nécessairement rentable.

Un hébergement expérientiel peut générer un prix de vente supérieur à celui d’une nuitée classique, mais il peut également nécessiter davantage de personnel, de coordination, d’équipements et de commercialisation.

Avant de développer une nouvelle activité, cinq questions méritent d’être examinées :

  • La clientèle : qui recherche réellement cette expérience et à quelle période ?
  • La disposition à payer : quelle valeur supplémentaire le client attribue-t-il à l’offre ?
  • La capacité : combien de clients peuvent être accueillis sans dégrader la qualité ?
  • Les coûts : quelles charges variables et fixes accompagnent chaque prestation ?
  • La distribution : comment atteindre les clients sans dépendre excessivement des intermédiaires ?

Pour un projet immobilier, l’analyse doit aussi distinguer la rentabilité de l’exploitation de celle de l’investissement dans les murs.

Un établissement peut afficher un chiffre d’affaires intéressant tout en dégageant une trésorerie insuffisante pour rembourser ses emprunts et financer l’entretien du bâtiment.

05 — Les obligations à intégrer dès la conception

Les activités touristiques sont soumises à des réglementations différentes selon leur nature.

Une chambre d’hôtes, par exemple, doit respecter des conditions précises : accueil chez l’habitant, petit-déjeuner, linge de maison et capacité maximale de cinq chambres pour quinze personnes.

Un hôtel, un meublé de tourisme, une activité de restauration, une visite guidée ou une offre de séjour combinant plusieurs prestations peuvent relever d’autres règles.

La sécurité incendie, l’accessibilité, les règles sanitaires, l’urbanisme, les assurances et les conditions de commercialisation doivent être étudiés avant tout investissement.

Source : Service-Public.fr — Ouvrir une chambre d’hôtes.

◉ À SURVEILLER — Les conditions d’exploitation touristique locales

Ce qu’il faut vérifier : le plan local d’urbanisme, les autorisations nécessaires, les règles de sécurité, les obligations d’accessibilité et les éventuelles restrictions de location touristique.

Pourquoi c’est important : deux bâtiments similaires peuvent présenter des possibilités d’exploitation très différentes selon leur commune et leur destination administrative.

Où suivre : Service-Public Entreprendre, la mairie et les services instructeurs compétents.

06 — Le regard de BASCULE.

Le tourisme pourrait progressivement évoluer d’une économie centrée sur la disponibilité des hébergements vers une économie où la qualité de l’expérience, l’identité des lieux et la capacité à organiser un séjour jouent un rôle plus important.

Cette transformation ne condamne pas l’hôtellerie traditionnelle, les gîtes classiques ou les restaurants indépendants. Elle suggère que leurs compétences pourraient être mobilisées pour proposer de nouvelles formes de valeur.

Un cuisinier peut devenir animateur d’expériences gastronomiques. Un guide peut construire une offre pour plusieurs hébergeurs. Un gestionnaire de gîte peut se spécialiser dans des séjours thématiques. Un hôtelier peut transformer son établissement en point d’entrée vers les activités de son territoire.

Pour les entrepreneurs, l’opportunité pourrait donc résider moins dans l’invention d’un nouveau métier que dans l’association de compétences déjà présentes localement.

La question à explorer : demain, les voyageurs choisiront-ils d’abord un lieu où dormir, ou une expérience qui leur donnera envie d’y séjourner ?


Sources et méthode

Ce dossier distingue les faits documentés, les évolutions réglementaires et les hypothèses entrepreneuriales proposées par BASCULE. Les scénarios ne constituent pas des prévisions de rentabilité et doivent être validés par une étude de marché locale.

BASCULE. — Demain a déjà commencé.

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