Santé et services à la personne

Et si l’avenir des services à la personne ne consistait pas seulement à multiplier les interventions à domicile, mais à mieux organiser la vie autour de celles et ceux qui ont besoin d’accompagnement ?

Aides à domicile, auxiliaires de vie, aides-soignants, ergothérapeutes et responsables de services partagent une réalité : leurs métiers reposent sur une connaissance concrète des personnes, de leurs habitudes et des difficultés rencontrées au quotidien.

Le vieillissement de la population, l’évolution des parcours de soins et la nécessité de mieux coordonner les interventions transforment progressivement cet environnement professionnel.

Pour BASCULE., une question se dessine : comment ces compétences humaines, relationnelles et organisationnelles pourraient-elles faire émerger de nouvelles offres, tout en préservant la qualité de l’accompagnement ?

01 — Cinq transformations qui redessinent l’accompagnement

Le vieillissement augmente les besoins potentiels d’autonomie

Selon une projection publiée en octobre 2025 par l’Insee et la DREES, la France comptait environ 2,03 millions de personnes âgées de 60 ans ou plus en perte d’autonomie en 2021. Dans le scénario démographique et sanitaire médian, leur nombre pourrait atteindre environ 2,77 millions en 2050.

Cette augmentation d’environ 700 000 personnes ne correspond pas automatiquement à autant de nouveaux clients pour les entreprises. Les besoins varient selon l’état de santé, l’entourage familial, les revenus et les modalités de prise en charge.

Elle révèle néanmoins une transformation durable : davantage de personnes pourraient avoir besoin d’aide pour organiser leur quotidien, adapter leur environnement ou coordonner différents intervenants.

Source : Insee et DREES — 700 000 seniors en perte d’autonomie supplémentaires d’ici 2050, octobre 2025.

Les services à domicile représentent déjà une économie importante

Selon la Direction générale des Entreprises, le secteur des services à la personne représentait près de 23 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2024, avec 884 millions d’heures rémunérées.

Ces chiffres concernent l’ensemble des services à la personne, et pas uniquement l’accompagnement des seniors. Ils illustrent néanmoins l’importance économique d’activités reposant largement sur des interventions humaines de proximité.

Pour les entreprises, la question n’est donc pas uniquement de créer de nouveaux services. Elle est aussi d’améliorer leur organisation, leur accessibilité et leur qualité.

Source : Direction générale des Entreprises — Créer son entreprise dans les services à la personne.

La coordination devient un enjeu central

Une personne accompagnée à domicile peut faire intervenir plusieurs professionnels : auxiliaire de vie, infirmier, aide-soignant, ergothérapeute, prestataire technique ou service de livraison.

Chaque professionnel possède son champ de compétences, ses responsabilités et son organisation. Mais la multiplication des intervenants peut rendre le parcours difficile à comprendre pour la personne accompagnée et ses proches.

La création du Service public départemental de l’autonomie (SPDA), généralisé à partir de 2025, témoigne de la volonté des pouvoirs publics de renforcer la coopération entre les acteurs et de faciliter l’accès aux services.

Pour les professionnels, cette évolution peut ouvrir des perspectives de coopération et de spécialisation. Elle impose aussi de ne pas confondre les prestations commerciales avec les missions assurées par les services publics.

Source : CNSA — Service public départemental de l’autonomie.

◉ À SURVEILLER — La mise en œuvre territoriale du SPDA

Ce qui évolue : l’organisation des coopérations entre départements, agences régionales de santé, organismes sociaux et professionnels.

Pourquoi c’est important : ces évolutions peuvent modifier les circuits d’orientation, les partenariats et les besoins de coordination.

Où suivre : la CNSA, les conseils départementaux et les agences régionales de santé.

Les services d’aide et de soins à domicile se réorganisent

Depuis 2023, la réforme des services autonomie à domicile (SAD) vise à rapprocher les dispositifs d’aide et de soins, auparavant organisés notamment autour des SAAD, SSIAD et SPASAD.

L’objectif est de faciliter les parcours et de mieux articuler l’aide quotidienne avec les soins nécessaires.

Cette transformation concerne directement les structures existantes, leurs responsables, leurs salariés et leurs partenaires. Elle peut favoriser de nouvelles formes de coopération, mais ne signifie pas que n’importe quelle entreprise puisse proposer librement des prestations médico-sociales.

Source : portail national Pour les personnes âgées — Les services d’aide à domicile.

◉ À SURVEILLER — La réforme des services autonomie à domicile

Ce qui évolue : les organisations, les coopérations et les conditions de fonctionnement des services concernés.

Pourquoi c’est important : une reprise ou une création d’activité doit intégrer les autorisations, les obligations de qualité et les conditions de financement applicables.

Où suivre : la CNSA et le portail officiel des services à la personne.

Le logement devient une composante de l’autonomie

Les difficultés rencontrées au quotidien ne dépendent pas seulement de l’état de santé. L’organisation d’une salle de bains, l’accessibilité d’une entrée, l’éclairage ou la facilité d’utilisation des équipements peuvent influencer la capacité à rester chez soi.

MaPrimeAdapt’ accompagne, sous conditions, des travaux d’adaptation du logement à la perte d’autonomie.

Cette politique publique souligne l’intérêt d’une coopération entre professionnels de l’accompagnement, ergothérapeutes et artisans du bâtiment.

Source : Service-Public.fr — MaPrimeAdapt’, conditions en vigueur au 1er janvier 2026.

◉ À SURVEILLER — Les aides à l’adaptation du logement

Ce qui peut évoluer : les critères d’éligibilité, les plafonds, les modalités d’accompagnement et les conditions de financement.

Pourquoi c’est important : ces paramètres influencent la capacité des ménages à engager des travaux et la construction d’offres associant accompagnement et habitat.

Où suivre : France Rénov’ et Service-Public.fr.

02 — Cinq métiers et leurs compétences transférables

L’aide à domicile : de l’intervention quotidienne à l’accompagnement personnalisé

L’aide à domicile connaît les habitudes de vie, les besoins pratiques et les contraintes rencontrées dans le logement.

Cette proximité constitue une compétence précieuse pour adapter les interventions aux situations réelles, dans les limites des missions confiées.

Piste d’évolution : développer des prestations mieux spécialisées selon les besoins, avec une continuité d’intervenants et une organisation plus lisible pour les bénéficiaires.

L’auxiliaire de vie : de l’assistance à la continuité du quotidien

L’auxiliaire de vie accompagne les personnes qui rencontrent des difficultés dans certains actes de la vie quotidienne.

Son savoir-faire associe gestes professionnels, relation humaine, observation et adaptation aux capacités de la personne.

Piste d’évolution : contribuer à des offres d’accompagnement spécialisées, organisées autour de situations de vie particulières et de besoins récurrents.

L’aide-soignant : du soin à une meilleure articulation des parcours

L’aide-soignant exerce une profession réglementée et intervient dans le cadre de ses compétences, notamment en collaboration avec les infirmiers.

Sa connaissance des situations de dépendance et des besoins de soins peut être valorisée dans des fonctions d’organisation, de transmission d’informations et d’amélioration des pratiques au sein de structures autorisées.

Piste d’évolution : évoluer vers des responsabilités de coordination opérationnelle ou de formation, avec les qualifications et habilitations nécessaires.

L’ergothérapeute : de l’évaluation à l’adaptation des environnements

L’ergothérapeute analyse les difficultés rencontrées par une personne dans ses activités et son environnement. Son expertise peut contribuer à définir des solutions d’adaptation.

Cette compétence peut être mobilisée dans des projets associant logement, équipements, prévention et autonomie.

Piste d’évolution : développer une activité spécialisée dans l’évaluation des usages et l’accompagnement des projets d’adaptation, dans le respect du cadre d’exercice professionnel.

Le responsable de secteur : de la planification à l’ingénierie de services

Le responsable de secteur organise les interventions, coordonne les équipes et assure le lien avec les bénéficiaires et leurs proches.

Ses compétences en planification, recrutement, gestion des imprévus et qualité de service sont essentielles au fonctionnement d’une structure.

Piste d’évolution : développer des fonctions de coordination, de gestion mutualisée ou d’accompagnement organisationnel pour plusieurs structures, selon leurs besoins.

03 — Cinq opportunités entrepreneuriales à explorer

Scénario A — Le service de coordination pratique du quotidien

Une entreprise propose à des familles un interlocuteur chargé d’organiser des prestations non médicales : rendez-vous de services, entretien du logement, livraison, interventions techniques ou démarches pratiques.

Clients : familles, seniors autonomes, proches aidants.

Modèle économique à tester : forfait de coordination, abonnement ou prestations ponctuelles.

Principal risque : confusion avec la coordination médico-sociale, la gestion de soins ou les missions des services publics. Le périmètre doit être clairement défini.

Scénario B — L’accompagnement des aidants dans leurs démarches

Une structure spécialisée aide les proches à comprendre les démarches administratives, à organiser les rendez-vous et à identifier les interlocuteurs compétents.

Elle ne se substitue ni aux professionnels de santé ni aux services publics chargés de l’attribution des droits.

Clients : aidants familiaux, employeurs proposant des services à leurs salariés.

Modèle économique à tester : accompagnement ponctuel, forfaits ou contrats avec des entreprises.

Principal risque : difficulté à démontrer une valeur payante face aux dispositifs publics et associatifs gratuits.

Scénario C — L’accompagnement de l’habitat évolutif

Un professionnel compétent dans l’évaluation des usages du logement travaille avec des artisans pour préparer des adaptations adaptées aux besoins des occupants.

L’offre peut comprendre l’identification des difficultés d’usage, la préparation du projet et l’orientation vers les intervenants habilités.

Clients : particuliers, familles, bailleurs, organismes spécialisés.

Modèle économique à tester : prestations d’évaluation dans le cadre professionnel autorisé, accompagnement de projet et partenariats.

Principal risque : chevauchement avec des missions réglementées ou financées par des dispositifs exigeant des intervenants agréés ou habilités.

Scénario D — Le service d’accompagnement social et de proximité

Une structure développe des activités régulières destinées à maintenir les liens sociaux : sorties accompagnées, activités collectives, visites de convivialité ou accompagnement à des événements.

La prestation doit être définie en fonction de l’autonomie des participants et des règles applicables à l’accompagnement des publics fragiles.

Clients : particuliers, résidences seniors, collectivités, organismes sociaux.

Modèle économique à tester : forfaits individuels, abonnements ou contrats avec des établissements.

Principal risque : coûts de déplacement, responsabilité des accompagnants et capacité de paiement des bénéficiaires.

Scénario E — Le support administratif mutualisé des structures d’aide à domicile

Une entreprise fournit à plusieurs petites structures des prestations de gestion administrative, de suivi documentaire, d’organisation ou d’appui aux fonctions support.

Elle valorise les compétences d’anciens responsables de secteur ou gestionnaires expérimentés, sans se substituer aux responsabilités légales des organismes accompagnés.

Clients : entreprises et associations de services à domicile.

Modèle économique à tester : abonnement B2B, forfait mensuel ou missions ponctuelles.

Principal risque : confidentialité des données, notamment de santé, et difficulté à standardiser les besoins de chaque structure.

04 — Un secteur où la réglementation conditionne l’entrepreneuriat

Les services à la personne regroupent 26 activités définies par le Code du travail. Leur exercice peut relever de différents régimes selon la nature des prestations, les publics concernés et le mode d’intervention.

Une déclaration peut être nécessaire pour bénéficier des avantages fiscaux et sociaux du secteur. Certaines activités auprès de publics fragiles exigent un agrément de l’État ou une autorisation du conseil départemental.

Les services autonomie à domicile intervenant en mode prestataire relèvent notamment d’un régime d’autorisation. Pour les nouvelles autorisations concernées, les départements passent par des appels à projets, et non par une simple demande administrative.

La création d’une activité doit également tenir compte des qualifications, des assurances, des obligations de qualité, des conditions de travail et de la protection des données personnelles.

Source : Direction générale des Entreprises — Déclaration, agrément et autorisation des organismes de services à la personne.

◉ À SURVEILLER — Les autorisations de services à domicile

Ce qu’il faut vérifier : les appels à projets départementaux, les conditions d’autorisation, les exigences de qualité et les possibilités de partenariat avec des structures existantes.

Pourquoi c’est important : un besoin local important ne suffit pas à rendre une nouvelle activité juridiquement accessible.

Où suivre : le portail officiel des services à la personne et les publications des conseils départementaux.

05 — Le regard de BASCULE.

Le vieillissement pourrait faire évoluer les services à la personne d’une organisation centrée sur des interventions distinctes vers des offres davantage articulées autour des parcours de vie.

Cette évolution ne signifie pas que les professionnels doivent exercer plusieurs métiers à la fois. Elle suggère plutôt que la valeur pourrait se déplacer vers une meilleure continuité de service, une spécialisation des compétences et une coopération renforcée.

Pour les entrepreneurs, les possibilités pourraient être particulièrement intéressantes dans les activités complémentaires : organisation pratique, accompagnement administratif, adaptation de l’environnement ou fonctions support des structures existantes.

Ces services devront cependant démontrer leur utilité réelle, leur complémentarité avec les dispositifs publics et leur viabilité économique.

La question à explorer : demain, la valeur de l’accompagnement à domicile dépendra-t-elle autant de la qualité de chaque intervention que de la capacité à les organiser autour de la personne ?


Sources et méthode

Ce dossier repose sur des publications officielles de l’Insee, de la DREES, de la CNSA, de la Direction générale des Entreprises et de Service-Public.fr. Les chiffres et dispositifs existants sont distingués des scénarios entrepreneuriaux proposés par BASCULE.

BASCULE. — Demain a déjà commencé.

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